Rue de candolle (2e partie)

Par Morant le 13 juillet 2022 1
Dans Expériences de candaulistes

Ce texte est la suite d’un premier texte publié il y a une année environ. Dans ce premier texte, je décrivais les différentes étapes du cheminement que nous avons vécus, ma femme et moi, entre la naissance de mon fantasme de candauliste et celui où elle a eu un premier amant. Je raconte ici les autres amants qu’elle a eu par la suite et termine sur une réflexion, provisoire, sur l’évolution de mon parcours d’homme candauliste.
Suite à ce premier épisode d’aventures extra-conjugale d’Eli, il ne s’est en fait rien passé pendant de nombreux mois. Je l’encourageais à avoir de nouvelles aventures, mais elle ne voulait pas. Je la menaçais entre guillemets de lui chercher un partenaire, mais elle ne me répondait pas. De mon côté, j’ai eu un flirt avec une jeune femme. Eli m’avait encouragé lorsqu’elle était avec ce premier amant d’avoir une liaison à mon tour. Au départ, je n’étais que moyennement motivé mais petit à petit, je commençais à avoir envie d’aller plus loin avec cette femme. J’en ai parlé à Eli qui, dans un premier temps, m’a encouragé. Mais, dans un deuxième temps, elle a très vite fait une crise de jalousie, me demandant d’arrêter toute communication avec cette femme, ce que j’ai fait. Nous sommes restés plusieurs semaines à réfléchir à cette crise. Eli voulait que tout s’arrête que nous redevenions le couple d’avant. Puis, se sentant très gênée d’avoir eu ce moment de jalousie, elle a suggéré que nous fassions de l’échangisme, afin que nous ayons une sexualité équilibrée entre nous deux. Nous nous sommes inscrits sur un site en tant que couple, et finalement n’avons pas du tout été intéressés par les contacts que nous avons eu. L’échangisme n’était en fait pas notre fantasme, même si nous avons pensé au 2+2, c’est-à-dire, échange de partenaire et chambre à part. Très vite, nous avons arrêté de consulter ce site. Nous nous sommes dits plusieurs fois que nous pourrions aller dans un club échangiste, mais finalement nous n’en trouvions pas la finalité. Pour ma part, il me semblait que cette crise de jalousie montrait qu’il fallait consolider l’asymétrie de notre vie sexuelle plutôt que chercher un équilibre : à elle la liberté sexuelle et les amants, à moi les attentes tardives le soir et la fidélité sexuelle. En attendant, la situation était bloquée et mon fantasme de candaulisme redevenait imaginaire.
Arrive l’été 2018. Nous partons en vacances en Italie, à la mer, dans un appartement appartenant à la famille d’Eli. Nous faisons connaissance d’un voisin du dessus, qui nous fait visiter le toit de l’immeuble, celui-ci offrant une vue imprenable sur la côte. Cet homme vient une fois sonner chez nous visiter notre appartement. Il est revenu encore une autre fois, mais cette fois-ci, Eli était partie à la plage. De manière peu élégante, Il m’a alors demandé son numéro de téléphone. Je crois que je ne l’aimais pas beaucoup, parce qu’il était trop facile à comprendre, ce qui me donnait l’impression qu’il me prenait pour un con. Mais, j’étais ambigu car il désirait Eli et je voyais que cela pourrait débloquer la situation de ces derniers mois. Je lui ai donc donné le numéro. J’ai ainsi compris avant Eli qu’ils allaient coucher ensembles. Je lui en ai d’ailleurs parlé, mais elle me disait que j’étais en pleine science fiction. Lui, ne chômait pas. Il lui téléphonait, lui faisait des avances, même après que nous soyons revenus de vacances. Dès septembre, elle m’a dit avoir changé d’avis et vouloir avoir une aventure avec lui. Elle m’interrogeait car elle savait que j’appréciais peu cet homme. Je l’ai néanmoins confortée dans son désir et encouragée. Elle est ainsi partie un week-end en Italie le rejoindre, chez lui. A son retour, elle m’a dit que dès son arrivée, il l’avait déshabillée et l’avait pénétrée aussitôt. Comme son premier amant, cet homme avait une grosse queue et lui aussi était très endurant. Il semblait plus brutal dans le coït que le premier amant, qui me semblait pourtant déjà être très direct. Elle aimait cette sauvagerie, ce rapport quasi animal à la sexualité. Elle avait apprécié qu’il la sodomise, alors qu’elle avait été jusque là très réticente avec moi. Il avait cependant un curieux défaut. Il devenait méchant quand il avait éjaculé, comme s’il avait honte de ses ébats sexuels, selon les propos d’Eli. Il se retenait ainsi d’éjaculer parfois des heures pour rester Jekill, jusqu’au moment où il explosait, et devenait Hyde. Elle est allée le rencontrer un deuxième week-end, cette fois-ci dans notre appartement de vacances. Ils ont baisé partout, debout, allongés, dans un fauteuil, dans le lit conjugal. Elle m’a demandé si c’était un problème pour moi qu’elle ait baisé dans ce lit. Il m’a semblé que cela faisait partie de mon fantasme et le lui ai dit ainsi. Elle est allée un troisième week-end, mais n’a pas supporté sa méchanceté post-éjaculation et elle est revenue dès le dimanche matin. Je n’avais pourtant pas l’impression que c’était une séparation définitive…
Au printemps suivant (2019), elle me dit vouloir tenter une expérience avec une femme. Ensemble, nous l’avons inscrite sur un site de rencontres lesbiennes. Elle a contacté quelques femmes, les a rencontrées dans des cafés ou des restaurants, mais n’a pas été motivée pour aller plus loin. Elle a fait finalement connaissance d’une femme qui lui a beaucoup plus. Cette femme en fait était un peu guidée par son amant (elle était mariée mais ne faisait plus l’amour avec son mari depuis longtemps). Cet amant souhaitait avoir une expérience de trio. Eli a dit OK, un trio HFF faisant partie de ses fantasmes. Elle a souhaité au préalable faire une rencontre seule avec elle. Elle se sont vues ainsi chez nous, en mon absence, Eli m’ayant demandé de sortir ce jour-là. Il n’y a pas eu de grandes étincelles. Eli a eu par la suite eu deux rendez-vous avec cette femme et son amant, dans un hôtel. Cet homme avait, selon Eli, une queue de taille plutôt standard. Mais il avait la particularité de récupérer très vite son érection après avoir éjaculé. Il leur faisait ainsi l’amour tour à tour plusieurs fois chacune. Sexuellement, cette situation plaisait à Eli, mais elle a de moins en moins apprécié cet homme qu’elle trouvait peu correct avec son amie. Eli a dit stop, lorsqu’il a dit qu’il voulait inviter pour la prochaine fois un ami et être à quatre. J’ai été un peu surpris par ce refus, car lorsqu’elle m’en avait parlé une première fois, il m’avait semblé que cela l’intéressait, et que ça pourrait même déboucher, selon elles, sur des parties à plusieurs. Nous avions ainsi rediscuté de l’ouvrage de Catherine Millet, de la fascination d’Eli pour les scènes décrites dans cet ouvrage (voir première partie). Mais elle ne supportait plus cet homme. Elle est restée néanmoins très liée avec cette femme qu’elle voit régulièrement encore maintenant. Elles aiment beaucoup se baigner ensembles nues, se raconter leurs histoire d’amants (cette amie en a beaucoup eu). Elles n’ont jamais refait l’amour ensemble, même si je crois que cela tenterait beaucoup Eli.
L’été suivant, en Italie, Eli a repris sa liaison avec notre voisin du dessus. Elle disparaissait pour aller chez lui dès qu’elle avait un moment, une ou deux heures le matin ou l’après-midi, parfois deux fois dans la journée. Elle arrivait chez lui, se déshabillait, parfois sans même enlever le haut, présentait sa vulve et était aussitôt empalée sans ménagements, sans préliminaires et sans paroles par son partenaire. Elle était devenue addict à sa bite. Ils forniquaient ainsi dans toutes les positions et les endroits de l’appartement. De mon côté, j’aimais bien ne pas savoir ou elle était tout en sachant bien qu’il n’y avait qu’un seul endroit où elle pouvait être. Je me souviens d’une fin d’après-midi où revenant de la plage, j’ai rencontré dans l’escalier mes voisins de palier qui m’ont invités à boire un café tout en me demandant si Eli voulait se joindre à nous. J’ai prétexté qu’elle se promenait, puis, quelques minutes après que nous ayons commencé le café, le fils des voisins a entendu du bruit dans les escaliers et pensant qu’il s’agissait de sa sœur, a ouvert la porte. C’était en fait Eli qui redescendait de sa séance de fornication, et qui se trouvait ainsi happée à socialiser avec nos voisins de palier. Nous nous sommes regardés avec un sourire en coin.
La liaison avec cet homme s’est arrêtée définitivement à la fin de l’été. Elle appréciait de moins en moins sa double personnalité. Une fois revenus de vacances, elle s’est inscrite dans un site de rencontre pour célibataires et personnes en couple. Il n’était plus question de chercher une amante. Sa tactique était centrée sur son envie de forniquer : d’abord longuement discuter avec un éventuel amant, puis le rencontrer chez lui ou à l’hôtel, se déshabiller aussitôt arrivée et faire l’amour. Elle a eu d’abord une aventure sans lendemain avec un homme. Elle m’a juste dit qu’il n’était pas formidable. Puis elle a fait une nouvelle rencontre à la fin de l’automne 2019, selon ce même scénario. Cet homme est assez âgé, plus de 60 ans. Elle va depuis cette première rencontre une fois par semaine chez lui, à son lieu de travail dans lequel il y a un petit appartement (il est d’une part indépendant et d’autre part marié), ceci même pendant l’épidémie de Covid. Elle a ré-appris les préliminaires et les plaisirs de l’érotisme et progressivement a décroché de son addiction à la fornication. Ils ont d’autres activités ; ils font ainsi souvent des promenades ensemble. L’été dernier, ils sont allé à une plage au bord du lac et ont fait l’amour en se baignant. Elle l’accompagne aussi parfois lorsqu’il est en déplacement professionnel et ils passent la nuit ensemble. J’ai appris il y a peu que cet homme avait prévenu sa femme de sa liaison. Tel qu’Eli m’en parle, il me semble que c’est un type bien. Ils sont amoureux l’un de l’autre et je n’en n’éprouve pas de jalousie.
La situation est cependant nouvelle par rapport à ses anciens amants avec lesquels il ne s’agissait que de sexe en toute amitié. De notre côté, nous n’avons pas fait l’amour ensemble depuis plus de deux ans. Et je pense même que la dernière fois, en avril 2020, a été comme une sorte d’adieu, provisoire ou non, au sexe entre nous deux. C’est elle qui m’avait sollicitée, en m’écrivant un SMS, en me demandant de me préparer pour le soir même. Elle ne m’a jamais re-sollicité depuis, et j’aurai très peur qu’elle consente par devoir conjugal si je faisais un pas. Depuis un bon moment, elle m’encourage à avoir des aventures, comme s’il s’agissait aussi de me dire que nous n’aurons plus de sexe ensemble. Elle m’a incité à m’inscrire dans un site et me demande régulièrement où j’en suis. J’ai eu des premiers rendez-vous, mais n’ai jamais eu envie de vraiment concrétiser. J’ai lu que le candaulisme pouvait parfois mener à une forme de chasteté. Lorsqu’il y a un rapport de domination de la femme sur son mari, ce dernier peut aller jusqu’à porter une cage de chasteté. Sans qu’il y ait de rapport de domination entre Eli et moi, et sans avoir besoin d’une cage, le fait qu’Eli ne me désire pas me conduit actuellement à faire une sorte de vœu de chasteté : Je suis resté ainsi l’année dernière plusieurs mois sans me masturber et sans avoir réellement éprouvé un besoin de jouissance et d’éjaculation. Je me réveillais souvent avec la trique du matin mais je m’en sentais presque gêné, même si en même temps j’étais rassuré de pouvoir avoir des érections.
Bien sûr, cette nouvelle situation engendre des doutes, plus particulièrement sur la viabilité de notre couple. Je n’ai pourtant jamais regretté l’aveu de mon fantasme de candaulisme à Eli lors de notre week-end à Barcelone (cf. partie 1). Ces doutes m’amènent plutôt à avoir un regard rétrospectif sur ma pratique du candaulisme. Mon rapport à celui-ci a beaucoup évolué depuis l’émergence de mes premiers émois à imaginer Eli être regardée par des hommes. A cette époque, je me faisais un récit similaire à celui de l’histoire du roi Candaule, souhaitant que le chef de sa garde voit la reine dénudée. Je fantasmais ainsi naïvement qu’Eli s’exhibe nue dans des lieux extérieurs et qu’elle soit convoitée sexuellement par des hommes de rencontre. Néanmoins dans l’histoire, la reine n’accepte pas d’être ainsi désacralisée et commande au chef de la garde de tuer Candaule. Cette histoire est connue, mais on retient plus facilement sa première partie fascinante, l’exhibition de la reine selon le désir de Candaule, que sa deuxième partie démoralisante - voire moralisante - pour tout apprenti candauliste, la vengeance de la reine et l’assassinat du roi. Mon cheminement dans le candaulisme a nécessité que je tue Candaule en moi et que je cesse de prétendre à ce qu’Eli soit un objet sexuel. Ceci a permis qu’Eli puisse entrevoir la liberté qui lui était offerte d’avoir des liaisons extraconjugales. Ses premiers fuckfriends étaient des bêtes de sexe, ce qui correspondait à ce qu’elle recherchait. Son addiction au coït ne m’a pas inquiété, étant même devenu admiratif de sa sexualité débridée et sentant bien que je n’avais pas les capacités de la lui offrir par moi-même. Cette addiction a duré plusieurs années, mais n’a été finalement qu’une étape dans son propre cheminement. Le contexte a considérablement évolué avec la naissance de son amour pour son amant actuel. De ce fait, mon rapport au candaulisme se transforme de nouveau. Le lien n’est plus celui d’une femme, son mari et son amant. Je me plais plutôt à penser malgré les doutes engendrés par cette nouvelle situation, que le lien est devenu celui d’un poly-amour. Il ne s’agit plus, ni de partager ma femme, ni de l’offrir. Il ne s’agit plus non plus de son émancipation sexuelle, mais de partager avec compersion son amour. A la reine, Candaule et le chef de la garde, se sont ajoutés dans ma galerie de portraits, Catherine, Jules et Jim.

1 commentaire

Rue de candolle (2e partie)

Par Le Couple le 14 juillet 2022

Merci de cette suite ... tardive ;-)
Nécessaire et passionnante, bien qu’on sente un certains détachement de votre par ?
L’évolution de Candaule à Catherine Jules et Jim est intéressante et semble très juste.
Votre abstinence a-t-elle permis un autre épanouissement, a t ’elle exacerbé d’autres capacités ? Enfin cette compersion vous comble-t-elle ?

Merci

Bien à vous