Un bon ami #3

Par John Lobbe le 12 octobre 2021 2
Dans Expériences de candaulistes

Ma chérie, je sais maintenant à quoi tu penses quand je te fais l’amour et que j’invente toutes ces histoires pour exacerber ton désir. A quoi et à qui. Secrètement. Souffle-moi ce nom dans l’oreille, je brûle de le savoir. Est-ce qu’on est encore cocu quand on le sait à l’avance ? J’éprouve au contraire quelque chose de grisant d’en avoir un certain contrôle, tout au moins une conscience. Entrer dans la tête d’une femme, c’est un tour de force. Quelle joie lorsqu’on a ne serait-ce que l’illusion d’y être parvenu, même pour pas grand-chose en définitive. Je ne me sens pas cocu parce que tu as des désirs qui ne me concerne pas. J’en ai aussi. On en a tous. Être cocu ça commence quand ?Je ne suis pas cocu parce que tu rêve de baiser avec un autre ; je ne suis pas cocu si tu baise avec un autre ; je suis cocu quand tu vis et poursuit une histoire avec un autre à mon insu, qui va au-delà du désir des corps, qui touchera ton coeur, peut-être aussi ton âme, et que tu dissimule pour toutes les meilleures raisons du monde, comme tout à chacun. Là oui, je suis cocu. En cela, définir le candaulisme comme le plaisir d’être cocu est faux. Sans doute y a t-il autant de définition du candaulisme que de personnes qui le pratiquent, mais réduire le candaulisme à la jouissance de l’état d’adultère est à l’envers des véritables motivations du désir candauliste. Pour moi, c’est une volonté voyeuriste d’être le témoin de la volupté de ma conjointe avec une autre personne. Ensuite, c’est la curiosité libidineuse de percevoir les manières neuves de se livrer sexuellement ; comment son corps bouge différemment, avec quelle frénésie nouvelle, quelle licence nouvelle, dans un abandon qui m’est étranger, parce que c’est un corps nouveau qu’elle rencontre. C’est aussi partager le goût que j’ai d’elle, partager le plaisir que j’ai de son corps et sa vibration, et retrouver dans l’émotion du nouvel amant, l’émotion qui est la mienne. Assister à l’accomplissement de sa sexualité en dehors de moi, même en dehors de l’autre, qui n’est qu’un moyen, un objet à fabriquer du désir. Participer sur le côté à l’accomplissement de sa sexualité propre, pleine et entière. Et son plaisir, sa jouissance, l’expression de sa lubricité librement accessible, libérée de la circonscription du couple. C’est enfin un acte d’amour mue d’un esprit libertaire, préalable de l’esprit libertin, s’affranchissant de la morale hétéronormée pour laisser se révéler les instincts naturels du désir à soi et à l’autre, l’être aimé.

L’être humain est polygame par essence, comme bien d’autres animaux, mais la société des hommes ne peut pas le dire, c’est trop dangereux pour elle.

Je savais qu’elle avait du désir pour Thomas mais je ne pouvais rien dire. Ça devait venir d’elle. Je trépignai d’espérer l’aveu. Pendant un temps, nous avions mis de côté nos jeux fantasmatiques pour nous concentrer sur notre intimité personnelle. Combien il était bon que je redevienne son homme, et non plus une machine à produire du fantasme ; combien il était bon qu’elle redevienne ma femme, et non plus le sujet d’un même récit licencieux. Je laissais les rêveries libidinales pour retrouver la jouissance simple de notre seul couple. Nous faisions l’amour sans autre désir que le corps de l’autre. Ça avait un côté presque reposant. C’est justement dans ce « retour à la normale » que je vérifiais toutes les raisons qui me motive à partager ma femme avec un autre homme. C’est mon émotion de la regarder nue, offerte, elle qui est si pudique, que je voudrais livrer. Je voudrais voir dans le regard d’un autre le trouble qui m’affecte face à la sensualité de son corps qui s’expose. J’aimerais entrevoir la montée du désir et de son bel étendard de celui qui contemplerait ses seins si beau et si bien fait. Des seins gros, bien ronds, superbement posés sur son buste, ornés de deux aréoles parfaitement dessinées, et ses mamelons tendus, gorgés d’excitation. Je veux assister à la même convoitise que j’ai à la vue de son petit ventre de femme, la matrice chaude et accueillante d’une mère de famille, et son sexe plus bas, qu’une toison noire et soignée protège et disssimule. Comme moi, aura-t-il l’eau à la bouche quand il devinera ruisselant ce petit graal velu ? Et ses fesses ? Ses petites fesses charnues et rebondies ne lui provoqueraient pas comme moi une pulsion intense de prendre, d’embrasser, de mordre, de caresser, peloter sans cesse, malaxer frénétiquement, de taper aussi, un peu, et de baiser enfin ? Qui y a-t-il de plus émouvant qu’un cul de femme ? Je ne connais rien d’autre. J’ai envie qu’il me dise le plaisir qu’il prend à lui pétrir les seins, à caresser sa peau douce et parfumée, à prendre ses fesses à pleines mains. Le même plaisir que je prends, je veux qu’il me le raconte. Je tiens à tout savoir, comment il trouve le goût de sa chatte, la grosseur de ses seins, la fermeté de son cul, la délicatesse de son anus, absolument tout ! J’ai besoin de me rendre compte si elle le fait bander autant qu’elle me fait bander, à quel point il bande, et à quel point il aime bander contre elle, bander en elle. Et après avoir complètement visiter et expérimenté chacun des recoins du corps de ma femme, je veux le voir, battant fort une ultime levrette, se relever vers moi, en sueur, me regarder et me dire « quel pied ! Elle est super bonne ta femme ! ».

Le début de la fin a commencé un après-midi de baise intense. Nous aimons jouer avec son godemichet de temps en temps. Elle apprécie beaucoup le faire aller et venir en vibration maximale contre son clitoris. Et j’adore la regarder se le frotter dans l’entre-jambe ; à chaque passage, voir ses cuisses s’ouvrir un peu plus, sa chatte s’ouvrir un peu plus. Bien souvent, elle me demande de lui présenter ma queue à son visage pour qu’elle la suce. Là, elle m’absorbe le sexe avec une avidité particulière, tout en se masturbant de plus en plus énergiquement. Plus la frénésie augmente, plus elle suce et plus elle se branle, s’enfonçant le jouet dans son vagin, et le ressortant pour caresser sa vulve. Au point ultime de l’excitation, elle raffole que je me décharge sur sa poitrine, et que j’étale le sperme chaud sur ses seins d’une caresse visqueuse. Elle en atteint un orgasme paroxystique. Je brûlerais de jouir dans sa bouche, malheureusement cette pratique la rebute encore. Mais cette après-midi là, tandis qu’elle me chevauchait en besognant ardemment ma bite plongée en elle, dans un râle, elle me lâcha cette phrase qui allait tout changer : « j’ai envie de sucer ! ». « Tu veux me sucer ? » Je lui réponds. « Non, je veux sucer pendant que tu me baises. J’ai envie d’une queue dans ma bouche ! ». Divine intercession ! Dans une contorsion acrobatique frôlant le ridicule clownesque, je m’évertuais à atteindre dans le placard l’endroit où elle rangeait discrètement son gode, tout en évitant d’interrompre le coït. Une fois saisi, je lui portais à ses yeux. D’une main elle l’attrapa, et plongea cette bite de silicone au fond de sa gorge, et la suça avec une dévotion mystique. Alors que par sa salive elle lustrait son joujou, je pouvais sentir l’orgasme monter en elle, ses seins se durcir, les muscles de son vagin gonflés à bloc enserrer mon pénis de plus en plus fort. Son corps se faisait plus lourd, son centre de gravité descendait vertigineusement. Elle venait s’enfoncer sur ma queue de plus en plus profondément. l’étreinte se faisait plus grave, jusqu’à l’explosion finale, la jouissance libératrice qui éclate, bruyante.
A partir de cet épisode, c’est elle qui a pris en charge nos élucubrations candaulistes, dans le secret de nos ébats amoureux. Elle prenait les commandes de ses fantasmes, et des miens par la même occasion. Il suffisait juste que je la lance un peu, après quelques préliminaires « de chauffe », pour qu’elle déroule d’elle-même le scénario. Elle était moins créative que moi, mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Je lui disais :
« tu as envie d’une seconde bite ? Là, tout de suite ?
- Oui.
- Qu’est-ce que tu fais ?
- Je la prends dans ma bouche, elle est encore molle ; je la sens grossir dans ma bouche.
- Et puis ?
- Il me baise la bouche comme si c’était mon vagin. Il passe derrière moi pendant que je me frotte à ta bite, il me saisit les hanches, remonte mon bassin et me pénètre brutalement.
- Il est fort ?
- Oui. Il est grand et très fort.
- Et sa bite ? Elle est comment sa bite ?
- Elle est grosse. Pas très grande, mais très épaisse. Elle me défonce la chatte. Ça fait du bien. Je lui dis que j’aime sa bite. Il me baise encore plus fort. Je suis en train de jouir.
- Et moi, je suis où ? Je fais quoi ?
- Tu es sur le côté, tu me regardes me faire défoncer. Je peux plus te tenir ou te sucer, il me baise trop fort.
- et après ?
- Après il jouit aussi, je sens ses jets inonder mon vagin. C’est chaud. C’est bon. ». Nous n’arrivions jamais à la fin de l’histoire, cela la faisait jouir très rapidement et je suivais assez vite derrière. Pas à pas, je jalonnais nos rêveries libertines de quelques questions sur cet amant imaginaire. Comment elle le voudrait, comment il serait fichu, etc. Je lui disais combien je désirais la voir faire l’amour avec un autre. Je lui demandais s’il en avait envie elle aussi, elle me répondait oui, et je me jetais sur elle de plus belles. Parfois je me risquais à lui demander avec qui elle voudrais faire l’amour en dehors de moi, et comme à son habitude elle me disait « je ne sais pas. ». Ce « je sais pas » avait au moins le mérite de trahir une certaine disponibilité quant à la possibilité de passer à l’acte. Je cherchais à la rassurer autant qu’à la convaincre en lui faisant comprendre que si elle se décidait pour quelqu’un en particulier, j’étais prêt à tout organiser pour que cela se fasse. Il était devenu évident qu’elle avait admis dans son for intérieur qu’elle désirait cette aventure adultère. Je poussais plus loin la persuasion en lui affirmant que je savais qu’elle pensait à quelqu’un, que je ne savais pas qui, mais que je voyais qu’il y avait bien quelqu’un de précis dans ses rêves érotiques. Ce jeu du chat et de la souris a continué un petit moment encore. Pourquoi cette fois plutôt qu’une autre ? Qu’ais-je pu dire de plus convaincant ? Est-ce que j’étais arrivé à un point de saturation tel que je n’avais plus rien à perdre ? Mais ce soir-là, tandis qu’elle prenait son pied à califourchon sur ma queue, je l’assénais de toutes ces questions, pour accroître toujours plus son excitation. Je lui disais encore que je savais qu’elle pensait à quelqu’un. Il suffisait juste de me dire son nom. Elle ne répondait rien. Je persistais : « je sais que tu penses à quelqu’un, dis-le moi, je t’en prie, ça m’excite trop, j’ai besoin de savoir ! ». Elle me limait la bite avec ardeur, son excitation montait, mais pas un son sortais de sa bouche. J’ajoutais : « dis-le moi, et je te dirais à qui je pense moi. Si ça se trouve, on pense tous les deux à la même personne ! ». Aucune réponse. Mais je sens que ça cogite, elle s’ébranle. J’enchaînais ; « Il est très grand, n’est-ce pas ?
- …Je sais pas.
- Il est fort, hein, il est un peu gros ?
- …Je sais pas…Peut-être.
- est-ce qu’il est barbu ? »
Elle murmure quelque chose, cela pourrait être un oui.
- Il n’habiterait pas du côté de Lille par hasard ?
- …Oui, dit-elle dans un souffle
- C’est Thomas, c’est ça ?
- …Ooouuiii !
Je ne peux dire encore aujourd’hui si ce « oui » correspondait à sa montée orgasmique ou à la réponse qu’elle formulait, mais à peine venait-elle de révéler l’amant de ses rêves que je m’extirpais violemment de dessous elle tout en la retournant sur le ventre, je l’attira vers mes hanches et la pénétra en levrette sans ménagement. J’étais dans un état second. Je suis entré dans une frénésie orgiaque telle que j’aurais pu la faire traverser le mur à force de pilonner son cul d’amour. Tandis que j’allais et venais contre ses fesses avec une vigueur rare, je l’apostrophais : « Il t’excite Thomas, hein ? Tu veux baiser avec lui ? Tu veux baiser avec Thomas ? Tu as envie de la queue de Thomas ? dis-le moi !.. ». Et à chacune de mes invectives, elle criait un oui jouissif et expiatoire. J’ai rarement connu un si bel orgasme. J’ai joui en elle comme si c’était la première fois. Ce soir-là, nous nous sommes embrassés et caressés pendant des heures après le coït, plus complices que jamais et très amoureux.

Nous venions enfin de faire entrer Thomas dans notre chambre à coucher. Même virtuellement, il nous avait enfin rejoint. Comme je l’avais imaginé, mille et mille fois, la personnification d’un fantasme, l’espoir de voir ce fantasme se réaliser devenu tangible, ont démultiplié notre désir et notre motivation. Nous avons fait l’amour comme jamais. Comme un leitmotiv, nous nous racontions à chacune de nos étreintes ce que nous aspirions sexuellement vivre avec Thomas. Le connaître, avoir déjà une idée de comment il est fait, comment il se comporte, ce dont il serait capable, augmentaient considérablement notre inventivité fantasmatique, et de là, notre libido. Nous avons épuisé toutes les situations imaginables de fornications, tous les scénarios possibles de luxure, du trio que nous formerions. Je lui demandais parfois de me montrer comment elle receverait ses assauts, et elle mimait, le cul tendu au plafond, le haut du corps lassif étalé sur le lit, la percussion des corps durant une levrette imaginaire. Elle braquait ses fesses par à-coups brutaux, simulant la vigueur de la pénétration. Elle en a joui parfois. Moi, je la regardais en me masturbant. Ce qui me fascinait, c’était moins cette scène contrefaite que la manifestation de son désir en pleine action. Tandis que je baisais ma femme, je percevais qu’elle ne me baisait plus moi, mais lui. A ce jeu de rôle, je me suis moi-même laissé aller à imaginer parfois que j’étais Thomas. Je devenais Thomas qui la tringlait. Cette sensation m’excitait terriblement. Alors un jour, bien que nous étions occupés à une activité très banale - et complètement habillés - j’entrepris de lui demander si elle était vraiment motivée à ce que ce fantasme se réalise, ou si elle préférait le garder en tant que telle, et seulement continuer à rêver.
“Et toi ?” m’a-t-elle demandé.
“- Moi je voudrais le faire, je crois que c’est possible, et j’ai envie de vivre ça, énormément.".
Elle m’a regardé pendant un temps assez long, sans rien dire, puis elle m’a dit : « Mais peut-être que lui ça ne l’intéresse pas de faire ça ? Peut-être que je ne lui plais pas ?
- Je ne crois pas que tu ne puisses pas lui plaire, par contre, il est possible bien sûr que cette expérience ne l’intéresse pas, ou pas avec nous. Pour le savoir, je pense qu’il faudrait lui en parler, tu crois pas ?
- … Je sais pas…
- Est-ce que tu as envie de faire l’amour avec lui ?
- …oui.
- Est-ce que tu as envie qu’on te fasse l’amour, lui et moi, ensemble ?
- … Oui, je crois…
- Si je vais voir Thomas pour lui en parler, et en admettant qu’il accepte, est-ce que tu te sens prête à le faire ?
- … Tu te sens capable de lui en parler ? Comme ça ?
- Oui. Je veux vraiment réaliser ce fantasme, je crois que Thomas est la meilleure personne pour ça ; la preuve : c’est à lui que j’ai toujours pensé, et toi c’est lui que tu désires. Sans même s’en être parlé. Je suis prêt à lui en parler, je sais que même s’il refuse, il ne nous jugera pas, je suis prêt à tout organiser pour que cela se fasse.
- … Si tu parles à Thomas, et qu’il accepte, je voudrais quand même lui parler au téléphone avant quoi que ce soit d’autre.
- Bien sûr…

J’adore l’humeur de Lille pendant la grande braderie. Déjà d’ordinaire, j’aime cette ville et sa vitalité, une certaine joie qui émane de ses rues. Mais pendant cette manifestation incontournable pour tous les chineurs et les festoyeurs de tout poil, l’immense foire qu’elle devient est extraordinaire. Un gigantesque vide-grenier à ciel ouvert est déployé, où l’on perd la notion du temps ; les bars, les restaurants répandent leur terrasse jusque sur la chaussée. La foule épaisse, interminable, avance en procession aux rythmes des stands tape-à-l’œil et des vendeurs de gaufres. Les monticules de coquilles de moules ponctuent le parcours comme des stations de pèlerins. Partout, ça sent la bière, la frite, la moule, et l’urine de fêtards trop pressés. Thomas m’a accueilli à Lille-Flandre dès le vendredi soir, et nous avons plongé dans la ville en fête sans même prendre le temps de poser mes affaires chez lui. La grande beuverie commençait. Thomas, en joyeux luron qu’il est, ne pouvait s’empêcher de fédérer tout le monde autour de lui. Un inconnu lambda devenait un ami en deux minutes. Le nombre incalculable de personnes que j’ai rencontré cette soirée-là était impressionnant. Il parlait à tout le monde et tout le monde parlait avec lui, et moi, forcément, je finissais par leur parler aussi. Un bar, puis un resto, puis un autre bar, et encore un troisième, de fil en aiguille nous nous sommes retrouvés dans l’appartement de jeunes étudiants qui faisaient la fête à tout rompre, sans connaître aucun d’entre eux. Vers trois ou quatre heure du matin, Thomas a dit : « C’est bon on rentre. On se lève tôt demain. ». On a traversé la ville à pied pour rentrer chez lui. La soirée était terminée mais lui continuait ses divagations à haute voix, inventant des aphorismes fumeux, théorisant sur tout et n’importe quoi, sans jamais s’interrompre. Moi je riais de sa folie tonitruante, j’étais son premier spectateur. Mais dans un coin de ma tête, je tournais et retournais sans cesse la manière dont j’allais aborder le sujet sensible pour lequel j’étais venu aussi. Je recherchais le moment propice. Il fallait déjà que cet instant soit celui où Thomas ne parle pas, ce qui ne laissait pas beaucoup de choix. Une fois chez lui, nous avons repris un verre pour finir, puis nous sommes allés dormir. Le lendemain nous sommes partis à la conquête de la braderie et ses antiquités, et autres bibelots anciens et improbables. On a marché du matin au soir à travers Lille, et le soir encore pour fêter dignement la grande marche de la journée. Marche, boissons, excès en tout genre, j’étais sur les genoux. J’aurais donné n’importe quoi pour un peu d’eau et beaucoup de silence. Thomas, lui, était infatigable. Il ne paraissait connaître aucun épuisement, même dans le flot continu de ses paroles. Toute la journée, j’ai cherché un créneau pour lui parler. J’étais souvent interrompu ou perturbé, mais souvent aussi je manquais de courage. La nuit suivante, nous nous sommes couchés plus tôt, à ma demande, je n’en pouvais plus.
Le dimanche matin, nous avons lézardé dans son appart’. Je ne devais prendre mon train qu’en fin d’après-midi, mais il était déjà treize heures quand nous sommes sortis bruncher. Je n’avais plus beaucoup de temps. Plus les heures passaient, plus je me démotivais, pensant que je n’y arriverais pas. Mais d’un autre côté, je sentais que c’était le moment ou jamais ; je ne m’imaginais pas rentrer chez moi sans avoir rien fait. Nous avons mangé, et nous avons déambulé dans les rues lilloises en direction de la gare, tranquillement. L’humeur était plus calme, plus posée. Thomas semblait dans une énergie plus douce, plus « après-midi d’un dimanche d’automne ». A force d’attendre le bon moment, on comprend qu’il n’y a jamais de bon moment. Il y a juste l’instant où il faut le faire. Et on le fait. J’avais bien dit qu’il arriverait le temps où je devrais me jeter à l’eau.
Thomas ?
Oui ?
Qu’est-ce que tu sais du candaulisme ?
Oulà ! C’est pas un truc comme quand le mec prend du plaisir à voir sa femme coucher avec d’autres hommes ?
Oui c’est ça.
Y ‘a une histoire de roi c’est ça ? Le roi de candaule qui donnait sa femme à ses gardes, ou un truc comme ça…
En gros, oui. T’es bien calé quand même.
Pourquoi tu me demandes ça ? T’as des idées de candauliste avec ta femme ?
On peut rien te cacher. Oui j’ai le fantasme de la voir faire l’amour avec un autre.
Pas mal ! Dis donc ! On ne connaît jamais assez les gens ! Là tu me scie ! Et tu lui en a parlé ?
Oui. On en a parlé. En fait, ce dont on a envie, c’est de faire l’amour à trois, avec un autre type. Mais juste concentré sur elle, évidemment.
Tu fais ce que tu veux.
On a besoin de quelqu’un de confiance, tu vois, pas n’importe qui. Et qu’elle désire naturellement.
Et vous avez pensé à quelqu’un ?
Oui. On a quelqu’un en tête.
Qui c’est ? Si c’est pas indiscret.
C’est toi, Thomas.
Ah ok ! Woua !…Bon…Simple, direct, efficace…heu..merci, je suis très flatté… Elle aussi elle penserait à le faire avec moi ?
Elle, elle pense qu’il n’y a qu’avec toi qu’elle pourrait le faire.
Ah ben c’est très gentil… Excuse moi, je suis un peu choqué… Non c’est vrai, je suis très flatté…
Voilà. Je te le dis parce que tu es mon ami, on fantasme sur toi depuis des mois à l’idée que toi et moi, nous lui faisions l’amour ensemble. Parce que d’abord c’est de toi qu’elle a envie, et ensuite parce que pour moi tu es la seule personne que je connaisse vraiment digne de confiance. Évidemment, si elle ne te plait pas, ou si l’expérience ne t’intéresse pas - c’est vrai que ça veut dire aussi qu’on se retrouverait à poil l’un en face de l’autre, et peut-être pas dans des positions très flatteuses - je comprendrais, on n’en parlera plus, et j’espère que de ton côté tu ne me tiendra pas rigueur de t’avoir confié ça.
Mais elle est très jolie, elle me plairait beaucoup j’en suis sûr ! Y’a pas de soucis, je ne te tiendrais rigueur de rien mon pote, c’est bien que tu sois libre de parler comme ça franchement, c’est rare..
Voilà, je te laisse me dire si tu veux faire cette expérience avec nous ou pas.
Oui, mais je peux pas te répondre maintenant tu sais, il faut que je réfléchisse un peu quand même. C’est pas rien comme truc, c’est puissant comme expérience, ça peut aussi être dangereux et détruire..
Bien sûr, évidemment, réfléchis.. je ne m’attendais pas à ce que tu me répondes maintenant.. Tu nous diras…
Oui, je te donne une réponse bientôt , c’est promis.
Merci Thomas.
Merci à toi mon ami, merci à Vous !

J’ai quitté Thomas à la gare de Lille-Flandre, soulagé et pétrifié. C’était plutôt positif, mais pas encore acquis. J’étais heureux et un peu frustré quand même. J’aurais bien aimé rentrer chez moi avec une réponse. Positive ce serait mieux

2 commentaires

Un bon ami #3

Par Le Couple le 18 octobre 2021

Tout d’abord, bravo pour cette suite, son authenticité, le crescendo narratif lié aux ressentis intérieurs. Quelques résonances chez nous.
Donc merci pour cette prose.
Hâte évidement de lire la suite, tout en souhaitant un partage intellectuel et émotionnels de nos multiples interrogations, sentiments et engouements pour cette pratique si singulière.

Bien à vous

Un bon ami #3

Par mdesaf33 le 14 octobre 2021

Hate de lire la suite !!